Enseigner « Wesh » en FLE

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« Wesh » circule aujourd’hui abondamment dans les discours médiatiques, scolaires et numériques auxquels nos apprenant sont exposés. Il est souvent présenté comme un simple marqueur de « langue jeune », parfois comme un tic de langage. Wesh n’est pas un mot au sens plein mais un signal interactionnel à forte valeur pragmatique.

« Wesh » : avant le sens, la posture !

Issu de l’arabe maghrébin (وش /wesh/wach : « quoi ? »), wesh est entré dans le français [1] par l’oralité. Il a largement perdu son sens lexical d’origine pour fonctionner aujourd’hui comme interjection. Son intérêt n’est donc pas sémantique, mais discursif : il ne sert pas tant à dire quelque chose qu’à se positionner dans l’échange.

Selon le contexte, wesh peut remplir plusieurs fonctions :
- phatique : ouvrir ou maintenir le contact (Wesh, ça va ?),
- expressive : marquer la surprise, l’incrédulité, parfois l’agacement (Wesh, t’es sérieux ?),
- interactionnelle : relancer l’échange ou prendre la parole.

Dans tous les cas, wesh agit comme un marqueur de posture plus que comme un porteur d’information.

Valeur sociolinguistique

L’emploi de wesh indexe immédiatement :
- un registre très familier,
- une relation de pair à pair,
- une appartenance (ou revendication) sociogénérationnelle.

Mal employé, il produit une faute pragmatique, souvent plus visible qu’une faute grammaticale. Dire « Wesh monsieur  » ou utiliser wesh dans un écrit institutionnel crée un décalage interactionnel immédiat.

Wesh et le grec ρε

On peut rapprocher wesh du grec ρε, non par le sens, mais par la fonction.

Prenons une phrase et retirons le mot :

- Wesh, tu fais quoi ? → Tu fais quoi ?
- Ρε, τι κάνεις ; → Τι κάνεις ;

Le contenu informatif reste identique.

Ce qui change, c’est la relation entre les interlocuteurs.
Ces deux mots ajoutent : une attitude, une proximité ou une tension, une manière d’entrer dans la parole.

Ils ne répondent pas à la question « de quoi parle-t-on ? » mais à « comment parle-t-on à l’autre ? ». On peut les comparer à un ton de voix, un regard, un geste. Ils n’apportent pas d’information nouvelle, mais modifient la manière dont l’énoncé sera reçu.

La comparaison a toutefois ses limites : ρε est largement intégré au grec courant et traverse les générations alors que wesh est beaucoup plus marqué socialement et générationnellement.

En didactique du FLE

Pour l’enseignant comme pour l’apprenant, wesh pose un problème classique : il est fréquent [2], visible, compréhensible, mais risqué à produire.

Règle simple : on apprend d’abord à reconnaître et interpréter wesh, avant d’envisager de l’utiliser. C’est un terme à compétence pragmatique élevée, pertinent en compréhension, secondaire en production.

__________

[1Wesh est bien sûr présent chez Robert et Larousse.

[2Les innombrables wesh qui jonchent le discours des étudiants revenus d’une mobilité Erasmus en France le prouvent.

Quatre “wesh” plus tard, la conversation continue.

À propos de l' auteur

Olivier Delhaye

Professionnel de l’enseignement supérieur avec plus de 35 ans d’expérience en linguistique, expert en méthodologie d’enseignement des langues et évaluation des compétences. Co-fondateur du Méthodal OpenLab, auteur et consultant en éducation linguistique.

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Pour citer ce billet aux normes APA7 :

Delhaye, O. (2026). Enseigner « Wesh » en FLE.  Gallika.net. https://gallika.net/?article1058.

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Par Olivier Delhaye
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